La philosophie de Marx par Etienne Balibar

 Fiche de lecture : La philosophie de Marx par Etienne Balibar

 Cette fiche de lecture a pour but d’expliquer les principaux concept de Karl Marx et de les comparer avec les avancées psychiatrique moderne. La clé du raisonnement marxien c’est que la pensée nous éloigne de l’objet. Il faut vivre les choses pour s’en rapprocher, voilà pourquoi la classe ouvrière est la classe pouvant être libre. Pour cela il prône une révolution rationnelle. La révolution est rationnelle, car elle représente la fusion entre pensée et agir.

Désormais, c’est le bien qui domine les hommes, il s’est accaparait « l’énergie sociale », le « sacré », nous sommes fétichistes. Le fétichisme peut se vérifier grâce aux observations neuropsychiatriques du monde intérieur et de la léthargie globale qui envahit notre monde moderne. Le bien a une place prépondérante et pour le fabriquer nous nous aliénons. Nous avons divisé les rôles si bien que nous exécutons toujours les mêmes tâches, ce qui nous rend étranger à nous même. L’aliénation est visible physiquement grâce au avancé de la neurobiologie.

Etienne Balibar est un philosophe français rentre à l’école normale supérieur et a comme professeur  Louis Althusser, un philosophe marxiste qui va avoir beaucoup d’influence sur son parcours. Etienne Balibar entre au parti communiste en 1961 et il en est exclu en 1981. Il est diplômé de philosophie à la Sorbonne. Son travail porte essentiellement sur l’œuvre de Karl Marx.

Les concepts de Karl Marx

Marx

    Le questionnement ouvrant le livre est celui sur le titre même de l’ouvrage : «  Karl Marx, une philosophie ? ». Le paradoxe qui va alors apparaitre est fondamental pour tous les concepts marxiens et le développement que nous allons faire. Car, si la philosophie est l’œuvre de la pensée, l’œuvre de Karl Marx s’apparente à une non-philosophie. L’essentielle dans cette théorie semble être le rapprochement de la pensée et de la production. La pensée et la production sont deux éléments qui ne peuvent agir indépendamment l’un de l’autre. Il reproche d’ailleurs à nombre de philosophe d’avoir passé leur vie à réfléchir sur un système et d’avoir prôné une vérité alors qu’ils n’étaient jamais en contact avec la production.

  • La Pensée nous éloigne du monde :

La proximité avec la production parait très importante pour Marx, car  penser un concept sans se confronter à ce concept, équivaut à s’en éloigner, soit s’éloigner du monde. La pensée fabrique des « artefacts », des « illusions » qui changent notre manière de percevoir le monde. Notamment le concept de classe sociale, penser la classe c’est s’éloigner de sa classe. Voilà pourquoi le prolétariat a une place centrale. Le prolétariat est la classe perdue, errante, qui ne peut rien faire d’autre que vivre ce qui lui permet de ne pas se perdre dans les concepts illusoires de la pensée.

  • La révolution est rationnelle :

L’auteur explique dans cette continuité le concept de révolution rationnelle. Ce qui est irrationnel c’est de penser sans vivre. Or la révolution c’est l’actualisation de la pensée par la production, les producteurs viennent renverser les concepts sociaux, renverser l’ordre. La révolution est donc le paroxysme de l’équilibre production/théorisation, le point culminant où ceux qui pensent et ceux qui produisent se rencontre. Comme nous l’avons exprimé précédemment, le concept c’est l’illusion, une illusion qui trompe notre monde intérieur. La révolution vient libérer notre monde intérieur de ses concepts virtuels qui nous emprisonnaient et nous libère réellement. Pour Karl Marx il y avait deux types de libertés : la liberté théorique, le fait de penser la liberté, ainsi que la liberté réelle, le fait d’être dans la capacité totale de faire quelque chose. La révolution en brisant les concepts théoriques qui restreignaient l’individu lui donne la capacité et le libère du simple droit. La révolution est donc le seul acte rationnel et permet d’apporter une liberté réelle.

  • Le lieu de production est « trans-individuel » :

Etienne Balibar soulève un concept qui va être primordiale dans notre deuxième partie lorsqu’il explicite l’importance du lieu de production selon Marx. Le lieu de production est un lieu entre l’individuelle et le « trans-individuelle » qui écrit l’histoire. Nous sommes ici face au début d’un raisonnement d’un individu formant un tout globale, avec l’apparition d’un homme purement individu et de l’essence d’un groupe en terme de pensée. Sujet sur lequel nous avons déjà disserté à l’aide de plusieurs auteurs appartenant à des disciplines différentes. D’un point de vue sociologique, cette idée semble importante, car elle oblige à regarder l’histoire non pas comme une suite d’évènement (baptême de Clovis, sacre de Charlemagne …) mais comme l’évolution de l’interaction entre les Hommes. L’histoire  est donc l’étude des faits sociaux passés, en somme une sociologie du passé.

  • L’explication du communisme :

A partir de cette idée d’une histoire fondée sur l’interaction sociale, auquel il va ajouter une dimension économique, Marx va effectuer un raisonnement Hegelien sur le Capital. Comme l’explique Etienne Balibar, Hegel a une pensée fondée sur des cycles, qui d’une manière simplifiée, sont : on est, on s’éloigne de ce que l’on est, on revient à ce que l’on est mais différemment (c’est une explication simplifiée et non celle d’Etienne Balibar ou de Marx). Marx va ainsi réutiliser cette forme de pensée et l’appliquer au capital: d’abord nous possédons d’une manière communautaire, puis nous privatisons, pour finalement garder certains types de capitaux mais « communiser » les moyens de production (le système communiste).

  • Le Fétichisme :

Karl Marx avec un raisonnement philosophico-socio-économique a également émis le principe du fétichisme qui règne dans la société capitaliste. Le fétichisme est le fait que l’objet détient un caractère supra matériel, l’objet ne vaut plus ce qu’il est mais il obtient un caractère sacré. Ce caractère sacré semble obtenue par une évolution historique lente qui a transformé les échanges sociétaux. Nous sommes passés d’une société où l’on produit pour consommer à une société où l’on produit pour vendre et acheter. Le produit a perdu au fur et à mesure son aspect matériel pour obtenir une valeur sociale. C’est cette valeur sociale, cette essence humaine qui est donné à l’objet, qui lui donne un caractère « totémique », sacrée. C’est la création d’un bien qui existe uniquement dans un but d’échange qui semble l’origine du fétichisme.

  • L’aliénation :

Le dernier concept que nous allons aborder est le concept de l’aliénation. Effet créer par la division du travail, l’aliénation est la dépossession de sa propre personne, nous devenons étranger à nous-mêmes, nos actes s’effectuent sans même que nous en ayons conscience. La division du travail amène l’homme a effectué des actes de plus en plus précis, si bien qu’il n’a plus à réfléchir et qu’il ne doit réaliser que des mouvements simples et répétitifs. Il perd alors toute conscience, toute capacité à penser et à analyser sa propre condition d’existence. L’aliénation est liée au conflit entre L’idéologie et la praxis. L’idéologie c’est la concentration des moyens de pensées dans les mains d’une partie de la population, qui ne peut être réalisé que grâce à la division du travail. C’est-à-dire que l’idéologie est le négatif de l’aliénation, l’idéologue se donne la légitimité d’être le seul à penser correctement créant une domination totale sur le prolétaire.

Les liens avec les précédentes lectures :

Dans cette seconde partie nous allons rapprocher certaine observation faites par Marx avec les lectures précédentes, Jean Pierre Changeux « L’homme neuronal » ainsi que Carl Gustave Jung « dialectique du Moi et de l’inconscient ».

Le fétichisme observé par Marx peut être relié à une remarque effectué par le neuropsychiatre Jean Pierre Changeux à la conclusion de son livre : «  l’homme moderne doit il s’endormir pour supporter les effets d’un monde qu’il a produit ? […] Encore faut-il construire dans notre encéphale une image de l’homme « qui soit comme un modèle que nous puissions contempler. » ». Pour le neuropsychiatre, nous avons un monde intérieur qui évolue par les influences du monde extérieur, réciproquement nous changeons notre monde extérieur en fonction de notre monde intérieur. Nous pourrions émettre l’hypothèse que le fétichisme serait comparable à une « absorption » du monde intérieur de l’homme par la monnaie. Nos valeurs, certaines des images que nous mettions dans l’être humain ont été assimilées par un raisonnement cognitif. Comme le montrait le psychiatre C.G.Jung, le cerveau fonctionne d’une manière cognitive. Lorsque deux choses se produisent en simultané, l’encéphale en déduis une loi de causalité. De la même manière, nous pourrions nous dire que l’homme a appris que l’harmonie sociale est liée à la richesse. Un individu remarquant que les individus détenant plus sont plus heureux (ce qui est aujourd’hui largement véhiculé par nombre de publicité, mais qui a toujours été véhiculé notamment dans les tableaux de la noblesse où le héros était ensevelit sous un nombre conséquent d’objets brillant)  va alors apprendre que l’argent permet d’être heureux et intégré socialement. Dans son monde intérieur, l’argent sera symbole d’une harmonie sociale, il lui donnera alors une forte valeur. Un autre individu en constatant son enthousiasme va lui aussi recréer ce même phénomène. Ainsi, les lectures du psychiatre et du neuropsychiatre peuvent nous donner des indices sur les cheminements qui pourraient expliquer ce que Marx appeler fétichisme où transfert d’une valeur sacrée dans l’objet.

Le deuxième concept excessivement vérifiable et défendable d’un point de vue biologique est le concept d’aliénation, donc la méfiance pour la division du travail. La neurobiologie a montré il y a plus de vingt ans l’existence de « neurone fuseau », c’est-à-dire de système réflexe de pensé. Comme l’explique J.P. Changeux, effectuer une tâche répétitive stimule toujours les mêmes dendrites ce qui crée un chemin neuronal très efficace. Cependant, stimuler toujours les mêmes neurones revient également à ne pas stimuler d’autres neurones donc détruit d’autres neurones. Si bien que l’individu effectuant toujours les mêmes tâches se retrouvera avec des « neurones fuseaux » toujours empruntés et qui monopoliseront la transmission de signaux, mais presque plus de neurones. L’individu sera alors neurologiquement diminué, avec une capacité répétitive élevé, mais plus de capacité de recul et de croisement de données qui sont liés à une multitude de neurones.  Cet aspect de déficience neuronale créer par l’environnement est détaillé dans le livre du psychiatre Boris Cyrulnik. L’imagerie médicale actuelle nous montre que, pour la majeure partie des cas si l’on ne prend pas en compte les maladies, l’on ne nait pas stupide, on le devient. En croisant les idées marxiennes avec la neurobiologie ont peu donc s’apercevoir que certaine observation ne sont pas des postulats, mais des faits biologiquement avérés.

Critique proposé de La philosophie de Marx par Etienne Balibard

Le livre d’Etienne Balibar est magnifiquement claire et complet. L’ajout de l’explication des thèse des auteurs dont s’est inspiré Marx comme l’explication des Thèses de Feuerbach permet une meilleure compréhension de la théorie marxienne. Ce livre semble remarquable car il arrive à résumer simplement les observations complexes et nombreuses de Marx sans pour autant les dénaturer par une simplification trop extrême.

Cependant, nous pouvons émettre quelques objections sur l’œuvre de Marx. La première critique serait le fait de ne voir dans la division du travail qu’un esclavagisme pour le prolétariat et non pour la classe bourgeoise. Or, le bourgeois perdu dans «  sa tour d’ivoire », découpé du monde, se retrouve comme un aveugle à qui l’on demande pourtant de décrire le monde. Lorsque Pierre Bourdieu a étudié la distinction entre le masculin et le féminin, il a démontré le poids qui pesait sur les épaules des hommes à qui l’ont demandé de protéger la famille etc. Cet aspect manque cruellement dans les thèses marxiennes. Il faut pour comprendre une situation, comprendre les souffrances de l’oppressé mais également les raisons qui stimulent l’oppresseur.
La deuxième critique que nous pouvons émettre au sujet des thèses marxiennes est l’absence totale de prise en compte de l’environnement. Comment peut-on effectuer l’analyse d’une situation sans prendre en compte le décor de cette situation ? La Terre a un rôle primordial dans les interactions sociales, elle est l’origine même de la marchandise ainsi que du capital. La Terre se transforme, devient fertile ou s’appauvri changeant ainsi la richesse des hommes et donc leurs rapports.

Par Quentin Heim

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2 réflexions au sujet de « La philosophie de Marx par Etienne Balibar »

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